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Le myst√®re d'Isra√ęl et le retour glorieux du Messie
de ARTHUR KATZ
Un mystère, c'est quelque chose qui est resté caché, mais qui à présent se révèle; quelque chose qui bouscule toute notre compréhension rationnelle.



par Arthur Katz

(1929 - 2007)

 

Septembre 1995 - Prédication donnée en anglais dans un village du Comté de Kent (Angleterre). 


 

La manifestation, au travers de l'Eglise, de la sagesse éternelle de Dieu est le prélude indispensable à la Parousie du Messie

 

L'Angleterre compte deux grands savants chr√©tiens h√©bra√Įsants: David Baron et Adolphe Safir. L'un et l'autre sont des √©rudits remarquables, des hommes tr√®s sensibles aux choses de Dieu. Leurs √©crits sont √† la fois √©loquents et profonds. Ce matin, j'aimerais vous lire un extrait d'un ouvrage de David Baron, qui v√©cut pendant la deuxi√®me moiti√© du dix-neuvi√®me si√®cle et prit part √† la Mission de Whitechapel* pour les Juifs. Ce livre s'intitule: "Les biens inali√©nables d'Isra√ęl". L'introduction explique que les livres et les √©crits de Baron furent d√©truits au cours de la deuxi√®me guerre mondiale quand la partie Est de Londres fut bombard√©e. Des √©crits de Baron, il ne reste donc presque rien. Quand on prend connaissance du peu qui a surv√©cu, on voit combien il a d√Ľ √™tre un homme exceptionnel.

 

Le premier article figurant dans ce livre se fonde sur le d√©but de Romains 9, un passage o√Ļ Paul aborde le myst√®re d'Isra√ęl en disant: " Je souhaiterais √™tre moi-m√™me anath√®me et s√©par√© du Christ pour mes fr√®res, mes parents selon la chair." (Romains 9:3). C'est vraiment extraordinaire: Paul serait dispos√© √† renoncer non seulement √† ce qu'il a d√©j√† go√Ľt√© du salut, mais encore √† son salut √©ternel, pour que ses fr√®res puissent conna√ģtre Christ. A propos de ces paroles, Baron fait des remarques qui m√©ritent d'√™tre retenues, par exemple: "Les sentiments qu'exprime Paul ne sont pas les sentiments naturels qu'on pourrait attendre d'un juif envers ses compatriotes..." C‚Äôest l√† une pens√©e qu‚Äôil nous faut appliquer √† l‚ÄôEglise. En effet, le myst√®re d'Isra√ęl a pour l'Eglise un caract√®re si essentiel, c'est une question tellement centrale et indispensable √† l'Eglise pour qu'elle soit elle-m√™me, que si nous l'omettons, comme nous l'avons omise au cours de notre histoire, alors l'Eglise tombe en d√©cr√©pitude." Il manque en effet une des normes divines: la place centrale de ce peuple, qui s'est √©cart√© de la Voie, s'est √©cart√© de la foi, et qui blasph√®me, mais n'en demeure pas moins le peuple de Dieu; et par ses p√®res, il a re√ßu de Dieu de grandes promesses au sujet d'une destin√©e qui reste √† accomplir, pendant les temps de la fin.

 

Mais ce peuple doit d'abord passer par des √©preuves s√©v√®res, appel√©es "temps de l'angoisse de Jacob", puis √™tre d√©livr√© de ces √©preuves. Alors seul un reste survivra, gr√Ęce √† la mis√©ricorde divine manifest√©e au travers de l'Eglise. Ce sera l√† le dernier acte historique de Dieu; ainsi se terminera l'histoire des hommes et commencera le millenium, et tout se joue sur la question d'Isra√ęl. Le plus extraordinaire, c'est que l'Eglise qui accomplira la volont√© de Dieu √† l'√©gard d'Isra√ęl sera essentiellement non-juive. Or les non-juifs n'ont aucune raison de se sentir des affinit√©s avec les juifs, aucune raison de s'int√©resser √† ce peuple qui n'a rien d'attrayant : il a la nuque raide, il est extr√™mement t√™tu, il en a fait voir √† Dieu de toutes les couleurs, et aujourd'hui encore il se conduit d'une mani√®re qui loin d'√©lever Dieu, d√©shonore Son Nom, m√™me en Isra√ęl. Et la situation empirera avant de s'am√©liorer.

 

Et pourtant, ce peuple occupe pour nous une place centrale, selon la sagesse de Dieu. Voil√† pourquoi Paul utilise le mot "myst√®re". Un myst√®re, c'est quelque chose qui est rest√© cach√©, mais qui √† pr√©sent se r√©v√®le; quelque chose qui bouscule toute notre compr√©hension rationnelle. On dirait que Dieu a fait expr√®s de choisir les donn√©es les plus invraisemblables; il semble impossible qu'Il r√©ussisse √† venir Lui-m√™me en tant que Roi de cette nation restaur√©e, afin que la Loi sorte de Sion, et la Parole de Dieu de J√©rusalem. Isra√ęl ne d√©sire pas son √©lection, et n'a nulle envie d'accomplir sa propre destin√©e; il ignore m√™me ce qu'est cette destin√©e; et l'agent principal qui fera aboutir tout cela est une Eglise essentiellement non-juive ! Ce plan divin est extraordinaire. Pour qu'il aboutisse, il faut que cette √©glise non-juive soit transfigur√©e.

 

En r√©alit√©, c'est en √©tant interpell√©e par Isra√ęl, c'est en raison de la crise d'Isra√ęl que l'Eglise sera ainsi accul√©e au changement. Il nous faudra alors chercher Dieu comme jamais nous ne le ferions en d'autres circonstances, il nous faudra mener alors une vie tellement h√©ro√Įque, et avoir une foi d'une qualit√© si profond√©ment apostolique, une foi totalement sacrificielle, que la Croix retrouvera pour nous sa position centrale et le Saint-Esprit Sa primaut√©. Il nous faudra retrouver des relations v√©ridiques les uns avec les autres, et rechercher la v√©rit√© avec un courage que jamais nous n'aurions dans d'autres situations. Cela nous demandera tout. La seule raison pour laquelle une Eglise non-juive acceptera les exigeances de cette vocation, c'est qu'il ne s'agira pas d'Isra√ęl simplement pour Isra√ęl, mais de la gloire de Dieu manifest√©e dans les derniers temps au travers de la r√©demption d'Isra√ęl, √† cause de la mis√©ricorde et de la puissance divines. Est-ce que vous comprenez cela ?

 

Voil√† pourquoi la remarque de David Baron √† propos de Paul a une telle importance. Baron dit que le cri de Paul, qui voudrait √™tre "anath√®me" pour ses fr√®res, d√©passe ce qu'on peut naturellement attendre d'un juif parlant de son peuple. Ce cri, Paul ne le pousse pas en tant que juif, mais en tant qu'homme spirituel. Il est impossible de dire qu'on a l√† tout bonnement un juif parmi d'autres qui plaide pour les siens. Non, il s'agit d'un homme apostolique si proche du coeur de Dieu, et connaissant si bien le coeur de Dieu, que son cri est l'expression du coeur du Seigneur Lui-m√™me. Et si les ap√ītres et les proph√®tes sont le fondement de l'Eglise, si nous-m√™mes nous sommes √©difi√©s sur ce fondement-l√†, alors Dieu doit normalement s'attendre √† ce que notre regard soit le m√™me que celui de Paul, que notre cri soit le m√™me que le sien, que le coeur apostolique de Paul soit aussi le n√ītre, et que nous soyons aussi proches de Lui, le Seigneur, que l'√©tait Paul!

 

Je vous en prie, ne pensez pas que je prends ce sujet parce que je suis juif. Je le prendrais de la m√™me mani√®re si j'√©tais un pygm√©e ! Si j'en parle, c'est parce que Dieu l'a choisi. Parmi tous les facteurs qu'Il aurait pu choisir pour faire √©clater Sa gloire dans les derniers temps, Il a pris les plus malais√©s, les plus difficiles, les moins susceptibles de r√©ussir. Voil√† le choix de Dieu. En effet, la question d'Isra√ęl est en r√©alit√© une grande question morale. C'est un combat entre Dieu et les puissances des t√©n√®bres, c'est le reflet de deux sagesses et de deux voies morales inconciliables. Dieu veut faire une d√©monstration √©clatante √† la face des principaut√©s et des pouvoirs de l'air, comme l'affirme Paul dans le chapitre 3 de l'Ep√ģtre aux Eph√©siens. En effet, Dieu a tout cr√©√© en vue de cette manifestation par l'Eglise de Sa sagesse infiniment vari√©e. Autrement dit, il faut que les dispositions morales de Dieu soient rendues manifestes pour les principaut√©s et les pouvoirs de l'air; et le verset qui suit dit que c'est l√† le dessein √©ternel de Dieu en Christ J√©sus! (Eph. 3:11)

 

Et vous, bien-aim√©s, qui √™tes r√©unis dans cette petite pi√®ce avec les enfants qui pleurent, les chiens qui aboient et tout ce qui s'ensuit, vous √™tes, vous, ce matin, au coeur de toute cette question. Dieu peut-Il r√©ussir une entreprise de cette envergure-l√†, devant Ses ennemis de toujours, les principaut√©s et les pouvoirs des t√©n√®bres, en Se servant du petit groupe que nous sommes? Il faut qu'Il y parvienne, et avec la mati√®re premi√®re dont Il dispose. C'est l√† tout le myst√®re, c'est en cela que r√©side Sa sagesse: Dieu vient nous chercher sur le tas de fumier et nous rend dignes de nous asseoir en compagnie de princes. Lequel d'entre nous est exempt d'√©preuves, de probl√®mes? Lequel n'a pas √† lutter, ne serait-ce que pour √™tre un tant soit peu spirituel? Et pourtant c'est √† nous qu'incombe cette t√Ęche extraordinaire.

 

C'est en la menant à bien que nous serons préparés pour notre destinée éternelle. Ecoutez-moi bien, chers amis: il y a très peu de chrétiens, même parmi les meilleurs, qui accordent la moindre attention aux choses éternelles, à la question de l'éternité. A cause de la nature du monde et de sa sagesse propre, tout ce qui est de ce monde concourt à fixer notre conscience sur le temporel: à nous faire nous demander si nous avons bien mis l'eau à chauffer, si nous avons le nécessaire pour ceci ou pour cela, si nous pourrons prendre des vacances, et quelle sorte de personnage est celui-ci ou celui-là, etc, etc. Tout concourt à nous enfermer dans un temps donné, un lieu donné, une culture donnée, et donc à nous priver de ce prodigieux élan d'inspiration qui nous arracherait à nous-mêmes si nous fixions notre attention sur le dessein éternel de Dieu.

 

Voil√† maintenant trente et un ans que je suis chr√©tien. J'ai eu l'occasion de m'en rendre compte dans le monde entier: il n'y a rien de plus affligeant qu'un christianisme mort, devenu superficiel et m√©canique. C'est pire que l'ath√©isme. L'un de vos plus grands po√®tes, William Wordsworth*, n'a-t-il pas dit qu'il aimerait mieux √™tre un de ces pa√Įens "attendant que Prom√©th√©e rev√ģnt de l'oc√©an" car "nous dilapidons notre √©nergie √† multiplier acquisitions et d√©penses..." Je ne me souviens pas des mots exacts, mais c'est un cri signifiant que mieux vaudrait √™tre des pa√Įens pleins de vie, √©pris de la nature, attendant le retour de Prom√©th√©e, que des chr√©tiens r√©p√©titifs, mondains, pris dans l'orni√®re du laisser-aller, ce qui est malheureusement le cas d'une trop grande partie de l'Eglise. A mon avis, nous sommes condamn√©s √† demeurer dans cette condition affligeante tant que nous n'aurons pas pris √† coeur les desseins √©ternels de Dieu, car c'est l√† Son intention normative pour Son Eglise. Nous prenons √† coeur ces desseins √©ternels dans l'exacte mesure o√Ļ nous prenons √† coeur Isra√ęl, car la question d'Isra√ęl est bien, en effet, Son dessein √©ternel, Son myst√®re √©ternel. Elle est la manifestation de Sa sagesse morale, et elle repose essentiellement sur le consentement des non-juifs √† faire des sacrifices pour les juifs. Cela ne va nullement de soi; cela va contre la nature et contre la raison. C'est tout juste si nous sommes pr√™ts √† nous sacrifier pour notre propre famille; alors pourquoi le ferions-nous pour ces gens qui ne nous ont valu que des ennuis, nous portent sur les nerfs, et sont l'objet de notre jalousie et de notre ressentiment? Consentir des sacrifices de cette nature-l√†, c'est manifester la sagesse de Dieu, manifester chez des non-juifs la victoire de Dieu, la manifester au travers de ces gens que Dieu a retir√©s du fumier pour les faire asseoir parmi les princes. Si les non-juifs se laissent emmener jusque-l√†, ils si√®geront et r√®gneront effectivement pr√®s du tr√īne divin avec le Seigneur, pendant le millenium et pour l'√©ternit√©.

 

Voil√† pourquoi cette pens√©e de David Baron est tout √† fait extraordinaire: "Les sentiments exprim√©s par Paul ne sont pas de simples sentiments naturels..." Nous non plus, nous ne saurions nous contenter de simples sentiments naturels, car si notre affinit√© avec Isra√ęl se fonde sur ce qui nous est naturel, parce que les Isra√©liens sont attachants, s√©duisants, parce qu'ils nous font penser √† David, ou parce que nous sommes all√©s en Isra√ęl et nous trouvons que c'est un pays magnifique, ces sentiments-l√† ne feront pas long feu. Nous sommes au seuil des derniers jours, et nous allons voir se d√©cha√ģner de tels conflits, de tels √©lans d'oppositions anciennes, de telles tensions, que les r√©alit√©s d'origine naturelle ne nous suffiront pas.

 

Voil√† pourquoi les derniers temps sont ceux de "la grande apostasie". A l'heure actuelle, on rencontre d√©j√† l'apostasie dans l'Eglise; qu'en sera-t-il donc lorsque la situation se durcira, quand il y aura un prix √† payer pour √™tre chr√©tien, quand notre foi nous vaudra l'opposition, la pers√©cution? Pour l'instant, c'est facile. Nous ne vivons pas ce que vivent nos fr√®res de Chine, du Viet-Nam et d'ailleurs. Mais le jour vient o√Ļ l'esprit de l'anti-christ pr√©vaudra dans le monde entier. Alors, participer √† une r√©union comme celle-ci, ce sera peut-√™tre risquer notre vie. A tout moment, les policiers pourront venir enfoncer la porte, car nous serons dans l'ill√©galit√©; en tout cas la soci√©t√© l'appelera ill√©galit√©. Combien d'entre nous pourrons alors tenir bon? Comprenez-vous pourquoi il est capital que notre foi ne repose pas sur les r√©alit√©s naturelles ou pseudo-spirituelles, sur une "spiritualit√©" artificielle qu'il faut entretenir √† coups de retrains ou de slogans? Il nous faut devenir de plus en plus authentiques en Dieu.

 

Paul n'exprime donc pas l√† ses sentiments naturels; il parle en tant qu'homme en Christ. Effectivement, l'expression "en Christ" est une des tournures pr√©f√©r√©es de Paul. Je ne sais pas combien de fois il redit "en Christ, en Christ"... Cette expression n'est aucunement une formule vide: elle est le fondement de toute la vie apostolique de Paul. Il y a une vie en Christ que Dieu met √† notre disposition si nous nous identifions √† la mort et √† la r√©surrection de Christ par le bapt√™me: l√† se trouve, conform√©ment √† la volont√© de Dieu, la racine m√™me de toute vie authentiquement spirituelle. Mais il existe aussi une forme de christianisme qui permet d'adopter des principes, de citer l'Ecriture, de chanter des refrains, tout en vivant essentiellement en nous-m√™mes et pour nous-m√™mes: c'est une vie chr√©tienne selon la nature, et qui devient alors une culture chr√©tienne. Depuis des g√©n√©rations, c'est peut-√™tre bien ce qui pr√©vaut dans votre pays, aujourd'hui plus que jamais. Chaque fois que cette nation a connu une action de Dieu gr√Ęce √† des g√©ants tels que Wesley, Whitefield, ou Fox, des voix se sont √©lev√©es pour arracher les gens √† un christianisme o√Ļ la foi n'√©tait plus qu'une culture, et pour restaurer la foi apostolique et proph√©tique dans toute sa pl√©nitude, afin que l'Eglise vive de la vie de Christ.

 

Peut-√™tre direz-vous: "Mais, Art, comment en arrivons-nous √† d√©g√©n√©rer au point de r√©duire la foi √† un simple ph√©nom√®ne culturel? "C'est parce qu'on n'exige pas assez de nous. Les cultes deviennent anodins, et on peut pr√©dire tout ce qui va se passer dans les r√©unions dominicales. Mais le jour o√Ļ vous prenez √† coeur les desseins √©ternels de Dieu, et en particulier la restauration d'Isra√ęl, restauration √† laquelle les puissances des t√©n√®bres opposent une r√©sistance farouche, alors vous comprenez que vous √™tes engag√©s dans un combat. C'est la guerre, et vous √™tes rep√©r√©. L'ennemi sait que vous savez. Il sait qu'il doit vous prendre au s√©rieux, que vous n'√™tes pas une de ces cr√©atures anodines qu'il regarde passer en baillant d'ennui. Souvenez-vous de la parole des d√©mons: "J√©sus, nous le connaissons, et Paul aussi; mais vous, qui √™tes-vous? " Les puissances des t√©n√®bres savent faire la diff√©rence entre ceux qu'il leur faut craindre (ceux qui sont attach√©s aux desseins de Dieu) et ceux qu'ils peuvent se permettre d'ignorer.

 

Je veux l'affirmer ce matin, le crit√®re d√©cisif consiste en ceci: ceux qui constituent une menace pour les puissances des t√©n√®bres sont ceux qui connaissent r√©ellement les fondements de la foi, ceux qui savent pourquoi nous avons √©t√© sauv√©s, ce √† quoi nous sommes appel√©s, et quelle mission doit devenir la n√ītre afin que s'accomplissent les desseins √©ternels de Dieu, afin qu'√† la face des principaut√©s et des pouvoirs de l'air il y ait, au travers de l'Eglise, une manifestation de la sagesse infiniment vari√©e de Dieu. Ils savent que la raison d'√™tre de leur nation et de toutes les nations, de la nature et du cosmos, des saisons, et de tout ce qui entretient la vie sur cette plan√®te est tout simplement de permettre √† l'Eglise de manifester la sagesse infiniment vari√©e de Dieu √† la face des principaut√©s et des pouvoirs.

 

Il faudrait un s√©minaire de trois jours rien que pour commencer √† faire justice √† cet aspect central, essentiel de la foi. Je vous recommande de relire Eph√©siens 3. En fait, toute cette Ep√ģtre aux Eph√©siens est de nature √† pulv√©riser nos concepts religieux; malheureusement, l'Eglise est pass√©e √† c√īt√©. Elle n'a pas pris cette Ep√ģtre au s√©rieux, mais l'a trait√©e comme un morccau de rh√©torique rempli de nobles sonorit√©s, comme un discours de belle allure biblique, paraissant tr√®s inspir√© mais ne signifiant rien en fin de compte. Or cette Ep√ģtre est d'une profondeur incroyable! Quand nous commen√ßons √† prendre Dieu au s√©rieux afin de mettre en pratique Sa Parole, quand nous nous rendons compte que notre but premier, dans la vie, n'est pas notre carri√®re, notre famille, notre bien-√™tre physique, ni notre retraite, mais l'accomplissement des desseins √©ternels de Dieu, alors nous nous tenons sur un territoire d'une toute autre nature. L'ennemi voit cela, et nous sommes rep√©r√©s.

 

Qui donc consentira √† s'engager dans cette voie, en sachant pertinemment que cela va aggraver son conflit avec les puissances des t√©n√®bres? Qui acceptera d'entrer dans ce conflit o√Ļ il nous faut lutter, non contre la chair et le sang, mais contre les principaut√©s et les puissances de l'air, les autorit√©s de ce monde de t√©n√®bres?

 

Remarquez bien qu'il est √©crit "nous luttons", et non pas "je lutte". C'est l'Eglise dans son ensemble, en tant que Corps, qui est capable de lutter contre les puissances des t√©n√®bres. Ce n'est pas une affaire individuelle. Moi qui suis am√©ricain, un occidental comme vous, je sais que nous sommes individualistes √† l'extr√™me. Tout notre syst√®me repose sur l'individualisme: on dit par exemple que "charbonnier est ma√ģtre chez soi", puis on √©merge de cet individualisme le temps d'un culte dominical, pour se h√Ęter de s'y replonger ensuite. Tant que nous conservons cette mentalit√© individualiste, nous restons inefficaces pour le Royaume de Dieu. Que faut-il donc pour venir √† bout d'une habitude si profond√©ment ancr√©e, pour briser la puissance s√©culaire de ce pr√©jug√© historique et d√©couvrir que l'Eglise est bien autre chose qu'un culte le dimanche matin, un culte √† notre convenance?

 

Dieu nous appelle √† l'h√©ro√Įsme apostolique dans l'Eglise; Il nous appelle √† la dignit√©, √† la gloire; Il veut pour nous la r√©compense qu'Il donne √† la vraie foi, cette foi que nous avons perdue depuis des si√®cles dans la mesure o√Ļ nous nous sommes d√©sint√©ress√©s de la question juive. Ce sont en effet deux choses qui vont de pair: si vous avez perdu de vue les Juifs, si votre affection pour Isra√ęl est purement sentimentale, alors vous avez perdu la foi apostolique. Tout au long de l'histoire, on voit que ces deux questions sont li√©es.

 

Paul ne parle donc pas selon la nature, en tant que juif; il parle en tant qu'homme en Christ. Cela veut dire qu'il y a pour nous un espoir: l'espoir de pouvoir parler comme Paul, de vivre comme Paul, car nous aussi, nous pouvons √™tre en Christ, avoir la pens√©e de Christ, les dispositions de Christ, les capacit√©s et la force de Christ. C'est l√† le g√©nie, le propre de la foi: Dieu nous a appel√©s √† des choses qui nous d√©passent compl√®tement. Mais nous qui sommes chr√©tiens depuis longtemps, combien de fois, au cours de notre vie, avons-nous dit: "qui est suffisant pour ces choses?" Il se peut que nous ayons r√©ellement √©t√© suffisants. Pour le degr√© de sanctification qui est √† pr√©sent le n√ītre, il se peut que nous suffisions. Mais d√®s l'instant o√Ļ nous faisons n√ītres les desseins de Dieu, nous ne suffisons plus. Alors ou bien nous demeurerons en Christ, ou bien nous tomberons. Je veux vous encourager √† croire qu'il y a en Christ une place qui peut √™tre la v√ītre.

 

Mais alors, il vous faut renoncer √† vous satisfaire de votre vie naturelle. Baron le dit bien, Paul ne parle pas au nom de sa vie naturelle: c'est l'homme en Christ qui parle. Cela veut dire qu'il nous faut consentir √† abandonner ce dont nous d√©pendons habituellement, notre confiance dans nos propres capacit√©s naturelles, en faisant confiance √† Dieu, qui lorsqu'Il verra cette mort √† nous-m√™mes, permettra √† la r√©surrection de se manifester en nous et par nous. Je suis convaincu que c'est ce qui se passe √† l'instant m√™me o√Ļ je vous parle, depuis le moment o√Ļ j'ai ouvert la bouche tout √† l'heure. En effet, pour ce qui est des choses naturelles, j'ai pass√© une mauvaise nuit. Je suis rest√© debout depuis trois heures moins le quart jusqu'√† neuf heures, puis Ken a frapp√© √† ma porte. Je me sentais "dans le cirage", "√† c√īt√© de la plaque"; c'est presque mon √©tat habituel, que cela me plaise ou non. En effet, sur le plan naturel, je suis un homme robuste. Avant que je ne vienne √† Dieu, j'√©tais quelqu'un d'impressionnant. Mais le Seigneur ne me permet plus du tout de r√©ussir de cette mani√®re-l√†: je ne r√©ussis que dans ma faiblesse, quand la force de Dieu vient la remplir. C'est humiliant, car on aime se confier en ses propres capacit√©s, son propre savoir-faire; mais le Seigneur dit: "non, c'est Mon combat, Ma d√©monstration." La question se pose dans les termes suivants: il y a des gens qui sont assez "insens√©s" pour renoncer √† cette confiance en eux-m√™mes, √† cette vie qui prend sa source dans les capacit√©s naturelles, y compris dans le domaine religieux. Alors, et c'est l√† que la foi entre en jeu, ils croient que de cette mort √† eux-m√™mes jaillit la vie de Christ, la nouveaut√© de vie, une vie d'une qualit√© toute autre. Si vous faites ce choix, je peux vous garantir une chose, chers amis: m√™me si jusqu'√† pr√©sent vous avez √©t√© timides, corrects et mod√©r√©s en tout, d√©sormais vous entendrez sortir de votre bouche des choses qui vous √©tonneront vous-m√™mes. Cela se passera peut-√™tre en public, ou face √† face avec tel individu: vous prendrez le taureau par les cornes comme jamais encore vous ne l'avez fait, d'une mani√®re qui ne vous ressemble pas. Vos pri√®res auront une autre tonalit√©: en effet il y a une diff√©rence entre une pri√®re religieuse pleine de bonnes intentions, et la pri√®re qui proc√®de de la vie m√™me de Dieu.

 

Jamais nous ne serons les agents du salut pour Isra√ęl dans les temps de la fin, si ce n'est par notre vie en Christ. Et l√†, est-ce que vous ne voyez pas le g√©nie de Dieu, qui ne veut pas seulement la restauration d‚ÄôIsra√ęl, mais aussi notre transfiguration? Ce n'est pas suffisant pour Lui que nous soyons des chr√©tiens corrects, respectables. Il a donn√© Sa vie dans un but plus grand que cela: Il l'a donn√©e pour nous appeler √† √™tre form√©s en Lui, √† √™tre comme Christ, √† √™tre des g√©ants sur la terre, surtout en ces derniers jours o√Ļ le coeur des hommes d√©faillira lorsqu'ils verront ce qui va survenir sur la terre. Il a donn√© Sa vie pour que nous soyons des il√īts de sant√© mentale, des gens remplis d'une foi telle que les circonstances ext√©rieures ne nous d√©primeront pas et ne viendront pas √† bout de nous; pour que nous soyons √©tablis dans la victoire de Christ. Cela, c'est bien autre chose que de cr√Ęner pour se persuader qu'on a du courage. Quand les juifs verront cela, ils seront bien √©tonn√©s.

 

Hier soir j'ai dit devant une assembl√©e arabe: "Si je suis l√† devant vous ce soir, c'est parce qu'un jour, au plus fort d'une crise dans ma vie de juif ath√©e, il y a de cela trente et un ou trente-deux ans, j'ai vu la gloire du Dieu d'Isra√ęl en tant que "Lumi√®re des nations". J'ai vu cette gloire sur le visage d'un non-juif. Pour un juif, il n'y a rien de plus puissant. Savez-vous comment les juifs consid√®rent les nations, depuis toujours? Les avez-vous jamais entendus prononcer le mot "goyim", comme s'ils crachaient par terre? C'est le terme par lequel ils d√©signent les nations. J'ai racont√© √† ces gens que lorsque ma m√®re (qui a maintenant quatre-vingt-onze ans) √©tait √©coli√®re √† Londres (toute ma famille est d'origine anglaise) son professeur de natation, une non-juive, lui disait √† la piscine: "Si tu ne sais pas nager, alors tu n'as qu'√† couler, esp√®ce de grosse juive". C'est ainsi que ma m√®re se rappelle l'attitude anti-s√©mite de son professeur londonien. Il y a bien longtemps de cela; pourtant, c'est encore avec agressivit√© qu'elle prononce le mot "goyim", les non-juifs. J'ai grandi en entendant souvent cette expression, "les goyim". Si je d√©pensais mon argent pour des futilit√©s, elle me disait "tu as une mentalit√© de goy. C'est comme cela qu'ils font; ils ne mettent pas d'argent de c√īt√©, ils ne font pas attention comme nous." En effet, il y a "eux", et "nous". Ces frictions-l√† durent depuis des si√®cles. Savez-vous que les juifs furent expuls√©s d'Angleterre, et expuls√©s de la ville de York vers 1215? Peut-√™tre ignorons-nous les d√©tails historiques, mais l'esprit qui a suscit√© ces actions est encore dans l'air, et nous l'avons absorb√© avec le lait maternel. Entre juifs et non-juifs, il existe une hostilit√© s√©culaire, et c'est en rapport direct avec le plan de Dieu: en effet, quand les gens s'√©l√®vent au-dessus de cette hostilit√© naturelle, qu'ils soient juifs ou non-juifs, on est en pr√©sence d'une manifestation de la sagesse divine.¬†Des deux, Il a fait un seul homme nouveau en Christ; Il a fait la paix. Quand on pense √† cette hostilit√© s√©culaire, c'est extraordinaire qu‚ÄôIl ait accompli cela.

 

Ce n'est qu'un commencement: c'est le mod√®le, c‚Äôest un aspect d'un myst√®re plus vaste encore: la r√©conciliation de toutes choses en Dieu, aussi bien au ciel que sur la terre.¬†L'oeuvre de la Croix fut une oeuvre de r√©demption, une oeuvre de r√©conciliation; c'est notre r√©conciliation avec Dieu, notre r√©conciliation avec nous-m√™mes, notre r√©conciliation avec notre ennemi naturel, juif ou non-juif; avec lui nous ne formons plus qu'un seul homme nouveau. Voil√† un mod√®le pour le monde, afin que toutes choses, au ciel et sur la terre, soient r√©concili√©es avec Dieu. Voil√† le salut; cela va plus loin que la question : "Comment puis-je √™tre sauv√©?" ou bien "Etes-vous sauv√©, fr√®re?" Nous avons r√©duit le salut √† une petite formule, une petite denr√©e bon march√©, et nous passons √† c√īt√© de la grandeur de l‚Äôoeuvre accomplie par Dieu dans la mort, l'ensevelissement, la r√©surrection et l'ascension de J√©sus-Christ.

 

Paul parle donc "en Christ" comme un homme dont tout l'√™tre est renouvel√© et illumin√©; comme un homme qui au moment o√Ļ il √©crit, est conscient d'√™tre dirig√© par l'Esprit de Dieu. Le cri de Paul, c'est le cri de Dieu Lui-m√™me. Paul ne parle pas comme juif, mais comme un de ces isra√©lites "en qui il n'y a point de fraude". Il parle en tant qu'ap√ītre inspir√©; Dieu voudrait que nous parlions en tant que peuple apostolique inspir√©, et qu'en ce faisant nous ayons en Lui la vie, le mouvement et l'√™tre. Toute notre vision de la foi et de l'Eglise doit √™tre consid√©rablement √©largie, pour √™tre align√©e sur les intentions originelles de Dieu, car elle a d√©g√©n√©r√© pour devenir une formule, une culture, un petit √†-c√īt√© dominical.

 

Et le monde aime qu'il en soit ainsi.

 

 

Notes

 

Le retour glorieux du Christ à la fin des temps en vue de l'établissement définitif du Royaume de Dieu

 

Whitechapel: quartier situé à l'est de Londres.

 

Wordsworth: poète anglais très connu, appartenant à la première génération du romantisme, et qui vécut de 1770 à 1850.

 

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